Avec Cyberpunk: Edgerunners II, Night City accueille de nouveaux destins, entre cyberware, gangs et rêves cabossés. Malgré l’animation électrique de Studio Trigger, cette saison chorale peine parfois à relier ses intrigues et à retrouver la charge émotionnelle de la première plongée dans la mégalopole.
Avec Cyberpunk: Edgerunners II, Night City accueille de nouveaux destins, des corps augmentés et des rêves qui s’effilochent sous les néons. La série conserve l’énergie visuelle de Studio Trigger, mais peine à transformer ses intrigues dispersées en une véritable fresque commune. Cette nouvelle virée dans la métropole est souvent captivante à regarder, sans retrouver toujours la justesse émotionnelle qui avait marqué la première saison.
La première saison avançait comme une tragédie dont chaque détail semblait annoncer le prochain choc. Quelques secondes d’animation suffisaient à rendre palpable le deuil de David face à la chute de Maine, tandis que le rêve lunaire de Lucy trouvait une résonance déchirante dans son dénouement. Ces images ne frappaient pas seulement par leur intensité : elles semblaient naître naturellement de tout ce qui les précédait. La suite cherche, elle aussi, ses grands moments, mais les prépare avec moins de précision et de nécessité.
Une animation spectaculaire, des émotions plus inégales
Le savoir-faire de Studio Trigger reste immédiatement reconnaissable. Les corps se déforment, les couleurs éclatent et les affrontements prennent des allures de cauchemars électriques. La violence est parfois si excessive qu’elle devient presque chorégraphique. Pourtant, l’impact visuel ne suffit pas toujours à donner du poids aux événements. Là où la première saison faisait de chaque débordement une étape dans la tragédie de David, cette nouvelle salve laisse parfois ses images flamboyantes résonner seules.
Le problème n’est donc pas l’absence de scènes fortes, mais la façon dont elles s’inscrivent dans l’ensemble. Certaines séquences sanglantes retiennent l’attention, et le montage sait encore accélérer jusqu’à rendre l’action presque suffocante. Cependant, les enjeux évoluent parfois sans que le récit nous ait donné le temps de nous attacher aux conséquences. Une blessure s’aggrave, une menace change de visage, une révélation paraît tout bouleverser. Puis l’histoire passe à autre chose. La série voudrait faire monter la tension en continu, mais les émotions n’ont pas toujours l’espace nécessaire pour s’installer.
Des destins différents qui cherchent leur point de rencontre
Cette fois, la narration se déploie autour de plusieurs personnages, sans désigner clairement un centre de gravité. Roman préfère observer l’horreur de la ville à travers une vieille caméra analogique plutôt que de la vivre par l’intermédiaire de simulations clandestines. Talia, adolescente en rupture avec ses parents, a remplacé une grande partie de son corps par des implants. Sa mère fait alors appel à Weak, un ancien compagnon devenu edgerunner, pour la retrouver et la protéger des Maelström. À ces parcours s’ajoute celui de D, un nomade mû par une vengeance dont il ignore encore les véritables racines. Chacun ouvre une fenêtre différente sur la cité, mais ces fenêtres donnent d’abord sur des quartiers qui semblent éloignés les uns des autres.
Une narration chorale peut pourtant faire merveille dans un univers aussi vaste. La ville est justement faite de vies qui se croisent sans se ressembler : personnes précaires, célébrités richissimes, mercenaires et familles ordinaires partagent le même décor, même lorsqu’ils ne pourraient jamais se rencontrer autrement. Dans le jeu Cyberpunk 2077, les trajets du joueur relient ces mondes et donnent à la métropole une cohérence vécue. Ici, les trajectoires de Roman, Talia et D demeurent longtemps juxtaposées. Elles occupent le même univers, mais leur rapprochement produit rarement une attraction assez forte pour que l’on sente la ville les entraîner ensemble.
Quand les fils finissent par se rejoindre, certains raccords semblent trop fragiles pour soutenir la promesse narrative. Les révélations censées éclairer l’ensemble manquent parfois de profondeur, tandis que les enjeux paraissent changer de forme en cours de route. La dégradation de la santé de Talia apporte une urgence tangible, mais celle-ci se mêle à une intrigue de vengeance qui adopte par moments un ton moralisateur peu convaincant dans un monde où presque personne ne possède les mains propres. Les personnages parlent alors comme si une réponse simple pouvait émerger d’un système bâti sur l’exploitation. Cette contradiction aurait pu nourrir un conflit passionnant. Elle reste plutôt en surface, et la série semble hésiter entre dénoncer la brutalité ambiante et s’en servir comme d’un spectacle grisant.
Night City en toile de fond plutôt qu’en personnage
Night City devrait être bien plus qu’un décor lumineux. Son architecture écrasante, ses rapports de classe et ses technologies omniprésentes pourraient relier les destins et modeler leurs choix. Dans cette saison, la cité paraît parfois étonnamment interchangeable : on reconnaît ses signes distinctifs, mais on la ressent moins comme une force agissante. Les personnages traversent une mégalopole dangereuse sans que chacun de leurs déplacements semble révéler une nouvelle facette de son fonctionnement. La sensation de vivre au cœur d’un organisme immense, capable d’engloutir ceux qui tentent de lui résister, s’affaiblit alors. Quelques éléments de lore enrichissent le monde, mais d’autres sont présentés avec tant d’insistance qu’on s’attend à les voir bouleverser l’histoire. Leur influence reste pourtant limitée. Ce décalage amoindrit la portée des découvertes et laisse certaines pistes en suspens dans l’esprit du spectateur.
La série n’est pas dénuée de qualités : son casting vocal sert bien des personnages parfois contradictoires, et sa direction artistique conserve une identité puissante. Mais l’ensemble donne souvent l’impression d’hésiter entre plusieurs récits autonomes. On entrevoit une histoire sur l’adolescence augmentée, une autre sur la mémoire et l’image, puis une trajectoire de représailles liée au passé nomade de D. Chacune pourrait porter un anime à part entière. Leur réunion aurait demandé des liens plus organiques, moins visibles dans leurs coutures. À force de vouloir trouver une convergence, l’intrigue donne parfois le sentiment de pousser des pièces qui ne s’emboîtent pas tout à fait. Certaines scènes deviennent alors des étapes obligées plutôt que des conséquences inévitables.
Ce manque de cohésion n’efface pas les séquences capables de laisser une impression durable. Il rend simplement leur éclat plus isolé. La première saison faisait converger ses fils vers des images dont l’émotion semblait avoir été patiemment construite, image après image. Ici, les pics dramatiques surgissent, mais se détachent plus facilement du chemin qui les précède. Les moments de cruauté impressionnent, sans toujours approfondir ce que la violence signifie pour ceux qu’elle broie. Les conflits personnels se déroulent dans une société profondément malade, mais leurs liens avec cette société restent parfois trop légers. La mise en scène continue pourtant de trouver des gestes saisissants, des regards qui vacillent et des instants de silence au milieu du vacarme. C’est dans ces détails que l’anime retrouve le plus souvent sa sensibilité, avant que le récit ne reparte vers une nouvelle ligne de tension.
Cyberpunk: Edgerunners II — une plongée moins saisissante dans Night City
Avec Cyberpunk: Edgerunners II, Night City ouvre ses portes à de nouveaux destins, mais cette deuxième saison peine à leur donner un véritable point de convergence. Roman observe la violence de la ville à travers sa caméra analogique, Talia s’enfonce dans une rébellion marquée par les implants, tandis que D poursuit une vengeance dont il ignore encore les contours. Ces trajectoires promettent une fresque chorale foisonnante, sans parvenir à créer d’emblée une dynamique commune.
Le principal écart avec la première saison tient à la façon dont chaque histoire s’inscrivait dans un même mouvement. Ici, les fils narratifs restent longtemps éloignés les uns des autres, avant que la série ne cherche à les raccorder par des révélations parfois fragiles. Les enjeux semblent alors changer de forme au fil des épisodes, et certains rapprochements donnent l’impression d’être davantage imposés que naturellement construits. Le récit aurait pu gagner en tension avec moins d’intrigues, développées plus solidement.
La violence conserve pourtant une place centrale, et Studio Trigger livre des séquences animées spectaculaires, nerveuses et souvent cruelles. Mais l’impact visuel ne suffit pas toujours à donner aux affrontements la résonance émotionnelle ou thématique des moments marquants de la première saison. Night City, pourtant si essentielle à l’univers, paraît aussi moins présente : ses contrastes sociaux et son identité singulière restent davantage en arrière-plan, alors qu’ils pourraient faire tenir ensemble les destins racontés.
La saison n’est pas dénuée d’atouts. Son ensemble de personnages ouvre des perspectives intéressantes sur les habitants de la métropole, et la distribution vocale accompagne efficacement ses moments les plus intenses. Pourtant, entre promesses narratives dispersées, enjeux parfois mouvants et scènes fortes moins mémorables, Edgerunners II laisse surtout l’impression d’un potentiel qui ne trouve pas toujours sa forme. Ses rues restent pleines d’histoires possibles, et cette saison en esquisse plusieurs sans leur offrir à toutes la même profondeur.









