Avec « Hope », Na Hong-jin signe un retour très attendu et plonge la ville portuaire sud-coréenne de Hope dans le mystère : après la découverte d’un bœuf dépecé, policiers et villageois se lancent sur les traces d’une créature insaisissable. Entre thriller horrifique, course haletante et réflexion sur la coexistence, le film promet de faire basculer le récit vers des horizons inattendus.
Après avoir installé son cinéma dans les territoires troubles de The Chaser et The Strangers, Na Hong-jin revient avec Hope, un récit fantastique qui prend pour point de départ un mystère rural. Dans la ville portuaire de Hope, la découverte d’un animal atrocement mutilé bouleverse la communauté et fait naître une rumeur inquiétante : une force inconnue aurait ravagé le centre-ville. Mais le film ne s’en tient pas au jeu traditionnel de la chasse au monstre. Très vite, la créature apparaît, et cette révélation déplace le suspense vers une question plus troublante : que cherche-t-elle à fuir ? Le retour du cinéaste sud-coréen suscite une attente particulière, tant son œuvre aime faire vaciller les repères du spectateur. Hope s’inscrit dans cette continuité tout en s’aventurant vers un registre plus ample, où le fantastique côtoie l’horreur, l’humour et la science-fiction. Sa présentation à Cannes, annoncée dans la sélection officielle, souligne déjà l’importance accordée à ce nouveau projet. L’intrigue s’ouvre sur des éléments concrets, presque familiers, avant d’élargir progressivement son horizon. Dans cette campagne du sud de la Corée, la découverte d’un bœuf dépecé transforme une inquiétude diffuse en menace tangible. Un policier et plusieurs habitants s’organisent pour comprendre ce qui se passe, tandis que les récits d’un centre-ville dévasté alimentent la peur. L’enquête prend alors la forme d’une expédition collective, marquée par la méfiance et le courage ordinaire. Cette communauté devient le premier terrain d’observation d’un film qui fait de l’inconnu une présence à la fois physique et insaisissable. La mise en scène entretient d’abord la tension par l’attente, les bruits et les réactions de ceux qui croient percevoir un danger tout proche. Pourtant, le récit ne garde pas longtemps son adversaire hors champ : la créature finit par se montrer, imposante et singulière. Sa silhouette allongée, sa musculature déformée et son regard presque humain composent une apparition difficile à réduire à une simple menace. Le suspense change alors de nature, car le mystère ne repose plus seulement sur son apparence, mais sur ses intentions. Dans nombre de films de monstres, la révélation de la créature constitue un sommet dramatique, préparé par des indices et des disparitions. Ici, le dévoilement arrive assez tôt pour déplacer l’attention vers les gestes de l’être et la manière dont les humains interprètent son comportement. Il semble fuir davantage qu’attaquer, mû par un objectif que les habitants ne comprennent pas. Sa puissance provoque des dégâts, mais rien ne permet de conclure qu’il cherche délibérément à tuer ou à détruire. Cette ambiguïté donne à l’action une qualité dérangeante : la menace est réelle, tandis que sa source demeure opaque. Le mouvement de la créature ressemble moins à une offensive qu’à une course désordonnée, pressée par une nécessité vitale. Les poursuivants, eux, s’engagent dans une traque dont les raisons se confondent avec la peur, le devoir et le désir de protéger leur village. Peu à peu, les deux trajectoires semblent avancer côte à côte plutôt que converger vers un affrontement classique. La poursuite devient ainsi une fuite partagée, où humain et monstre sont entraînés par des forces qu’ils ne maîtrisent pas entièrement. Un détail visuel peut alors renverser la perception de toute une séquence : des larmes apparaissent sur le visage de la bête. En un instant, son expression cesse d’être seulement inquiétante et devient lisible comme le signe d’une souffrance. Le film invite à envisager une conscience derrière l’apparence monstrueuse, sans pour autant effacer le danger que représente son corps. Cette tension entre compassion et effroi constitue l’un des ressorts les plus forts du récit. Elle oblige les personnages — et le public — à réviser leurs certitudes sans leur offrir de réponse facile. Le mouvement semble devenir le principe même de la mise en scène, comme si le film refusait de laisser retomber la pression. Les courses, les détours et les déplacements précipités donnent aux scènes une énergie presque épuisante. Cette cadence transforme le spectateur en témoin balloté, incapable de prévoir la prochaine rupture. Le rythme n’est pas qu’un outil de suspense : il traduit aussi la lutte pour survivre et continuer d’avancer. Cette intensité est régulièrement interrompue, ou plutôt infléchie, par un humour volontiers trivial. Des échanges décalés et des situations incongrues viennent desserrer l’étau, sans faire disparaître le malaise. Certaines scènes prolongées jouent avec l’excès et la gêne, créant un contraste assumé avec la gravité des enjeux. Le rire agit alors comme une respiration, mais aussi comme une façon de déstabiliser les conventions du film d’horreur. Na Hong-jin peut faire coexister l’effroi, le burlesque et l’émotion sans chercher à les rendre parfaitement confortables. Ce mélange de genres ne repose pas uniquement sur des changements de ton. Il modifie également la place du public, tour à tour entraîné dans l’action, amusé par l’absurde et ramené à une forme de compassion. L’impression de perdre pied devient une composante du spectacle. À mesure que les événements s’accumulent, le film semble élargir sa propre ambition, jusqu’à faire d’un drame local le seuil d’un conflit de dimension bien plus vaste. Cette escalade promet une expérience où la surprise ne tient pas seulement à ce qui surgit à l’écran, mais aussi à la direction imprévisible que prend le récit. Les amateurs d’horreur peuvent aussi explorer d’autres approches du genre, notamment dans ce récit où la foi, le désir et l’effroi se nouent. Cette proximité thématique n’efface pas les différences entre les œuvres, mais elle éclaire la diversité des chemins empruntés par le cinéma fantastique contemporain. Dans Hope, l’épouvante semble notamment servir une interrogation sur les apparences et la possibilité de reconnaître l’autre. Le monstre n’est pas seulement une énigme à résoudre : il devient une présence dont la vulnérabilité complique toute lecture morale. Le village et ses alentours forment d’abord un espace réduit, où la survie paraît dépendre de décisions immédiates et de solidarités fragiles. Mais l’histoire semble progressivement faire sortir le spectateur de ce cadre familier. Les enjeux prennent une dimension plus vaste, jusqu’à évoquer une confrontation entre des mondes ou des civilisations. Ce basculement participe à l’identité singulière du projet : le récit ne se contente pas de prolonger une enquête rurale, il en change l’échelle. Le spectateur doit alors accepter de ne plus tout maîtriser. Cette ouverture vers la science-fiction peut donner l’impression que l’histoire échappe à ses propres limites. Le glissement ne cherche pas nécessairement à tout expliquer ; il mise plutôt sur la stupéfaction et sur l’ampleur des nouvelles perspectives. Ce choix prolonge la logique d’un film qui transforme constamment ses premières impressions. La menace découverte au bord d’une route devient le signe possible d’un bouleversement qui dépasse les habitants de Hope. Le petit territoire ne disparaît pas pour autant : il devient le point de départ d’une interrogation plus large sur la coexistence. Au cœur du récit se dessine ainsi une opposition qui pourrait sembler irréconciliable, entre des êtres séparés par leur apparence, leur origine et leurs moyens d’action. Pourtant, la mise en scène privilégie parfois le parallélisme à la confrontation directe. Les trajectoires se répondent sans forcément se rejoindre, comme si les deux camps partageaient une même urgence sans encore se comprendre. Cette géométrie nourrit une hypothèse : l’avenir ne serait pas forcément celui d’une victoire totale, mais celui d’une coexistence difficile. La peur demeure, mais elle n’interdit pas entièrement l’idée d’une entente. Ce déplacement fait écho à d’autres œuvres qui choisissent de brouiller les frontières du récit et de l’imaginaire. On peut penser, dans un registre différent, à la manière dont le jeu vidéo Myst continue de nourrir l’exploration de mondes énigmatiques. La comparaison ne réduit pas les spécificités du film, mais rappelle le pouvoir d’un univers capable d’ouvrir des espaces inconnus sans en livrer immédiatement toutes les clés. De son côté, la programmation cannoise accueille aussi d’autres propositions singulières, comme le montre l’actualité de la sélection Cannes Première. Dans cette effervescence, le projet de Na Hong-jin se distingue par l’ampleur de son mélange entre terreur, émotion et imaginaire cosmique. La force annoncée de Hope tient à sa capacité à déplacer les attentes plutôt qu’à les satisfaire dans un ordre prévisible. Le spectateur croit d’abord suivre une enquête sur une présence dangereuse, puis découvre une créature qui semble elle-même acculée. L’action ne ralentit pas pour autant : elle se charge de nouvelles nuances, entre instinct de survie, incompréhension et compassion. Cette évolution rapproche le film d’un conte moderne, sans lui retirer son énergie de thriller. Le résultat pourrait reposer autant sur le trouble ressenti que sur les réponses données. À travers ses personnages, la communauté de Hope incarne les réactions contradictoires que provoque l’inconnu. Certains cherchent à l’identifier, d’autres veulent l’arrêter, tandis que la peur pousse chacun à interpréter les événements selon ses propres limites. Face à eux, la créature ne se présente pas comme un antagoniste clairement défini. Son silence apparent et ses gestes difficiles à décoder alimentent le danger autant que l’empathie. Comprendre devient alors une entreprise aussi urgente que survivre, mais rien ne garantit que ces deux objectifs puissent s’accorder. Le film semble également s’intéresser aux frontières que les humains dressent entre eux et ce qu’ils ne connaissent pas. La rencontre avec une forme de vie étrangère peut rapidement se transformer en conflit, surtout lorsque la panique précède toute tentative de dialogue. En plaçant la peur des deux côtés, l’histoire esquisse une relation moins simple que celle du chasseur et de sa proie. Cette perspective ne promet pas une harmonie immédiate. Elle suggère plutôt que la cohabitation pourrait commencer par un regard, un geste ou une brève reconnaissance de la souffrance d’autrui. Cette ampleur peut séduire les spectateurs attirés par les récits qui refusent de rester dans une seule catégorie. L’horreur côtoie le drame, le burlesque traverse la tension et la science-fiction transforme le cadre initial. Le film paraît ainsi jouer avec les conventions plutôt que les abandonner une à une, ce qui donne à ses changements de registre leur potentiel de surprise. Le contraste entre la petite ville portuaire et des enjeux plus vastes pourrait être l’un de ses principaux moteurs. La catastrophe n’est plus seulement un événement à contenir, mais une question sur la place de l’humanité dans un monde partagé. Les paysages et les déplacements devraient, eux aussi, participer à cette sensation d’ouverture. Comme dans un voyage où chaque détour révèle un territoire inattendu, l’histoire semble faire évoluer ses repères à mesure qu’elle progresse. Pour les lecteurs que ces horizons donnent envie de changer de décor, un itinéraire au Nouveau-Brunswick propose une autre façon de découvrir des paysages, cette fois bien réels. Dans l’univers de Na Hong-jin, toutefois, la route conduit vers une rencontre incertaine, où l’étrangeté grandit à chaque étape. Et lorsque le récit élargit encore son champ, la question de la survie prend une dimension qui dépasse les frontières de Hope.Un village isolé face à une présence inconnue
Une créature qui échappe au récit du prédateur
La course, le rythme et les changements de ton
Du drame local à une fable de science-fiction
Un film qui transforme les attentes
Na Hong-jin revient avec Hope, un film très attendu
Avec Hope, Na Hong-jin revient à un cinéma où l’angoisse naît autant de ce qui échappe au regard que de ce qui surgit brutalement à l’écran. Dans la ville portuaire de Hope, la découverte d’un animal dépecé et les récits d’une menace dévastatrice font basculer les habitants dans l’inquiétude. Un policier et des villageois se lancent à la recherche d’explications, mais l’enquête prend rapidement les dimensions d’une fuite effrénée, tandis qu’une créature impressionnante traverse leur territoire.
Le film joue avec les attentes du récit de monstre. Au lieu de retarder indéfiniment sa révélation, il montre assez tôt cette silhouette massive et singulière. Pourtant, l’apparence terrifiante ne dit pas tout : la créature semble moins animée par la volonté de détruire que par la nécessité de fuir. Ce décalage transforme la poursuite en expérience ambiguë, où la peur des humains répond à la détresse du monstre. Na Hong-jin déplace ainsi le regard : derrière l’affrontement apparent se dessine une proximité inattendue entre des êtres qui cherchent, chacun à sa manière, à survivre.
Cette tension s’accompagne d’un mélange de registres caractéristique du cinéaste. L’action haletante côtoie des séquences comiques, parfois crues, qui relâchent momentanément la pression sans effacer l’étrangeté de l’ensemble. Puis le récit élargit son horizon : ce qui semblait d’abord concerner un village isolé prend une ampleur plus vaste, presque cosmique. Le dérèglement des genres devient alors l’un des moteurs du film, qui passe du thriller à la science-fiction sans cesser de surprendre. L’attente autour de Hope tient aussi à cette promesse : suivre une course dont les enjeux changent à mesure que les personnages avancent, et découvrir jusqu’où Na Hong-jin choisira de déplacer les frontières entre peur, empathie et imaginaire.










